Il y a des soirs qui marquent une génération politique. Le 21 avril 2002 en fait partie.
Ce soir-là, la défaite de Lionel Jospin et la qualification de l’extrême droite au second tour ont brutalement refermé l’une des périodes les plus solides et les plus fécondes de la gauche au pouvoir.
Cinq années de gouvernement de gauche plurielle, marquées par une stabilité et une efficacité qui restent, avec le recul, remarquables.
Je souhaite aujourd’hui rendre un hommage appuyé au chef politique et à l’homme d’État qu’a été Lionel Jospin, dont la disparition annoncée ce matin nous touche profondément.
Il incarnait une certaine idée de la responsabilité politique : le sens de l’État, l’exigence morale et la primauté du collectif sur les ambitions personnelles.
Avec une équipe politique expérimentée, il a porté des réformes sociales et économiques majeures : les 35 heures, la couverture maladie universelle, les emplois-jeunes, le PACS. Ces avancées ont été conduites dans un contexte de croissance économique forte et au moment historique du lancement de l’euro.
Sa défaite au premier tour de l’élection présidentielle de 2002 et la qualification de l’extrême droite ont plongé toute la gauche dans un profond moment de doute et de remise en question. Un nouveau cycle politique s’ouvrait, marqué par la présence constante de l’extrême droite dans le débat public et par une vie démocratique trop souvent réduite depuis lors à la logique du « vote utile ».
Pour beaucoup d’entre nous, alors étudiants, ce moment a été un électrochoc. Il a rappelé l’urgence de l’engagement face aux idées d’intolérance, d’exclusion et de violence sociale que porte l’extrême droite.
En 2002, aux côtés d’autres, nous avons ainsi fondé l’association France Fraternité pour défendre la diversité et réfléchir au contenu concret de la citoyenneté. Partout en France, des initiatives similaires naissaient au même moment.
Tous à gauche nous nous revendiquons, d’une manière ou d’une autre, de la filiation avec Lionel Jospin. Pourtant, il nous reste encore beaucoup à accomplir pour reconstruire un projet politique à la hauteur de cet héritage. Une reconstruction plus que jamais nécessaire face aux attaques répétées contre nos services publics, nos politiques sociales et face aux défis écologiques qui s’imposent à nous.
C’est aussi à cela que nous oblige sa mémoire.
